4/5 Après le saut en parachute, la via-ferrata souterraine, le nourrissage des fauves, nous voilà les orteils dans le vide, accrochés à un élastique pour tenter un saut de l’ange à 25m du sol dans un cadre de rêve : le lac de Pierre-Percée. Un saut d’une seconde pour un shoot d’adrénaline aussi jubilatoire que complètement exténuant.
Je suis au bout d’une jetée qui s’avance entre les arbres. La vue est splendide, le lac miroite sous le soleil, le ciel est constellé de nuages. C’est l’été, il fait beau. Derrière moi, de joyeux drilles s’élancent sur une tyrolienne, les enfants font des parcours d’acrobates et crient de joie. On se croirait en vacances, tout est calme. Sauf que j’ai trois centimètres d’orteils dans le vide, que la jetée est en fait une plateforme de saut et que j’ai un lourd élastique accroché à mes chevilles. Le sol est à 25m… mais qu’est-ce que je suis allée faire dans cette galère, je n’aurai jamais dû me retrouver là.
Tout était pourtant bouclé. Il y a une semaine, il était prévu que j’apprenne à faire du feu et à survivre dans les bois pour ce fichu article « un été extrême ». J’étais toute contente, j’appréhendais de me faire découper et d’être bouffée par les aoûtats mais l’attente était excitante. Malheureusement, la veille du stage, ma boîte mail s’est remplie d’un message désolé : stage annulé, raisons familiales. Plan B, un entraînement ultra-physique avec les hussards. Coup de fil, attente, impossible à réaliser dans le temps qui nous est imparti. Plan C, le parapente. Coup de fil, ouf, c’est possible de tenter l’expérience vendredi matin à 6h30, soit le lendemain. Deux heures plus tard, SMS : orages, impossible de voler. Et moi je me retrouve en sueur à me demander ce que je vais bien pouvoir faire d’extrême. On turbine dans l’open space, il faut un truc sans vent et rapidement réalisable. Le manque d’inspiration pointe le bout de son nez, on va jusqu’à imaginer le jet ski (il y a plus extrême, vous en conviendrez). Et là, Gilles, le développeur de notre site internet, a l’idée du siècle : le saut à l’élastique. Ben tiens, le truc auquel personne n’a pensé parce que…TOUT LE MONDE a peur. Foutue pour foutue, je tente le coup, j’appelle qui de droit à Badonviller, Aventure Parc : « Aucun problème venez quand vous voulez. »
« Et si je me fais pipi dessus ? »
Vendredi matin, me voilà à sillonner la (très jolie) campagne meurthe-et-mosellane pour rejoindre ledit parc. Pour l’instant tout va bien, je fais un peu ma grande gueule. « Non mais ça va j’ai peur, mais ça va le faire. » J’ai oublié de manger, je dévore un truc sur la route, je me dis que se jeter dans le vide avec le ventre dans le même état n’est sans doute pas une bonne idée. À peine la voiture garée, mon estomac est rempli d’une boule. « Mais pourquoi je fais ça. » Je fume ma clope du condamné en me sermonnant : « Tu es vraiment la reine du drame Camille, ça va tout va bien. » J’écris mon article dans ma tête, cherche les bonnes images à donner aux lecteurs. À l’accueil, Alizée me fait un grand sourire lorsque je décline mon identité. « Je l’ai fait quatre fois tu verras c’est génial. » Elle est devant moi – donc en vie – et n’a pas l’air traumatisée. Pfiou. Comme pour le parachute, il faut signer une décharge. Les mains tremblent, la boule n’a pas disparu. Alizée me remet un petit ticket avec mon poids – 59 kg – écrit de façon bien visible : le type d’élastique dépend de ce joli nombre. Et maintenant je dois monter jusqu’à la plateforme de saut et attendre l’arrivée des moniteurs. Je ne sais pas si ça dure 15 minutes ou 45, le temps passe très lentement quand on a l’impression de monter à l’échafaud.À lire – Un été extrême : une faim de lion
Finalement Thomas et Damien arrivent avec une poubelle remplie de matériel. Je suis la première à sauter de la journée, alors, comme si ça ne suffisait pas, j’ai un public qui me soutient. Une petite dizaine de personnes, enfants compris m’encouragent depuis les bords. Thomas me passe le harnais autour de la poitrine, « qui n’est qu’une sécurité » et des chevilles, là où les choses sérieuses se passent. Il sort les deux élastiques, le « petit » pour les moins de 75 kg et le grand, pour les 75-110 kg. Thomas a huit ans de métier, il saute à l’élastique comme on change de chaussettes et peut « remplir un petit stade de foot avec tous ceux qu’il a fait sauter ». « Au bout d’un certain moment, tu perds l’effet wouah », me confesse-t-il. Et m’explique tout : les mousquetons vissés, la sangle de sécurité, les trois cordes qui assurent l’ensemble et qui permettent à mes garde du corps de gérer en cas de problème (hinhinhin) et de me faire descendre en rappel dans le filet. En réalité, les voir installer le matériel me rassure et m’empêche de réfléchir. Et si je m’urine dessus ? Je savais que j’aurai dû y aller avant. Imagine mon tee-shirt remonte et je me retrouve les seins à l’air devant tout le monde ? Et tu sautes comment ? Tu plonges ? Tu cours et tu sautes ? « Alors pas du tout », m’explique Thomas. Deux possibilités : soit le sauteur plonge en avant « comme à la piscine » soit il se laisse tomber. Alors, nous on va opter pour se laisser tomber, hein, le plongeon alléluia, merci mais non.